Codette & Colette

Depuis environ un an, l’idée me travaille d’ajouter quelques gallinacées à notre foyer. Principal obstacle : le poulailler. Après avoir exploré maintes options, prête à baisser les bras, j’ai fini par apprendre que la mairie donnait des poulaillers, pour peu qu’on veuille adopter deux pensionnaires. Aussitôt dit …

Etape 1 : MONTER LE POULAILLER

Me voici en possession de mon poulailler. Si on m’avait dit qu’il fallait le monter … Je défais méticuleusement chaque paquet de planches, avant de réaliser que le fabricant avait certainement une idée derrière la tête pour faire ces paquets : un toit, un nichoir … Je suis parti du mauvais pied, vite, réorganisons tout cela !

Maintenant, voyons le mode d’emploi. D’abord, comment se fait-il que les mensurations ne correspondent pas ? Sans compter que le poulailler du schéma n’a rien à voir avec le mien … Quant au petit parc inclus, il ne peut qu’être agrandi ; c’est des poules que je veux, pas des criminels en cellule d’isolement ! Quoique ce serait efficace face aux prédateurs !

Etape 2 : LES PENSIONNAIRES

Une fois ces divers écueils derrière moi -je vous passe les recherches qu’ont nécessitées le foin, la nourriture et les accessoires- il est temps d’aller chercher ces fameuses poules ! Comme on dit chez moi, quand on les aura enfin, de quoi on parlera ?

A la ferme, ni une ni deux, l’éleveur empoigne deux poules par les ailes et me les entasse dans un carton à peine plus gros qu’une boîte à chaussures. “C’est tout ce qu’il vous fallait ?” Moi qui m’était tellement préparée à les accueillir, je m’attendais au moins à une cérémonie !

Etape 3 : L’AMMENAGEMENT

La boîte à chaussures a fait le chemin du retour avec moi et ses occupantes se sont vues présenter leur hôtel particulier.

Maintenant, je les observe à travers le grillage … Pas de réaction. Elles se sont empilées dans un coin. Je les comprends, si on m’avait traitée comme ça … Leur auge est à 50 cm, mais comme elles n’ont pas l’air de la voir, je la leur mets sous le nez. Il ne faudrait pas qu’elle meurent de faim le premier jour !

Bon, les Cockdoodles, je vous laisse à votre adaptation et je m’en vais vous trouver un nom : Chicken & Run, Tic & Tac, Cot & Codette … Ma mère dit que les poules, c’est bête. Du coup, j’ai même pensé à les appeler Einstein et Freud, pour relever le niveau …
Finalement, nous nous sommes décidées pour Codette et Colette.

Eau : fait. Nourriture : fait. Foin : ok. Ah, il faudra aussi que je leur présente le chat …

Sur l’identité sudiste (2)

Quand j’étais petite, ma famille déménageait sans cesse. Pas étonnant, avec un père déménageur, ça devait courir dans nos gênes. Toute petite donc, j’ai été déraciné de mon village provençal, à l’époque une pacoule perdue dans les 63% de forêt qui couvrent le Var. C’était “la campagne des Marseillais”, comme on disait à l’époque. Pensez donc, au moment de la guerre, c’est là, loin de l’agitation et du rationnement de la grande ville, que les Marseillais venaient s’approvisionner. On survivait comme on pouvait … Là, pas de manque … pas non plus d’électricité.

Mais je suis née bien plus tard. Tout ce dont je me rappelle, c’était que notre maison donnait sur la fontaine, au centre du village. Il y avait aussi le petit voisin, avec qui je m’entendais bien ; je crois qu’on était né en même temps. J’allais à l’école maternelle, du moins quand ça me plaisait. Je m’en souviens, parce que j’ai une photo de moi en train d’empiler des cubes, mais plus occupée à sourire à l’appareil photo.

Il y avait aussi le bar du Cercle de l’avenir (il y en a un dans tous les villages), les vieux qui se prélassaient sur un banc du village sans bouger, la musique qui sortait par les fenêtres ouvertes. Mais ça, c’est ma mère qui me l’a raconté.

Et puis, on a déménagé. Et là, je fais avance rapide. Le sud-ouest, puis les montagnes froides de l’Isère. On me disait parfois que j’avais un accent qui “apportait le soleil”, mais je ne me suis jamais sentie déracinée pour autant. Ma mère, elle, parlait et chantait fort, s’habillait de couleur vive, cherchait à connaître les voisins et refusait de sorti tous les hivers. Tout au long de mon enfance, j’ai entendu des mots comme “Allez zou !”, “les tétés” …

Une fois, à la fin de la classe, j’ai dit à mes élèves : “Allez zou, dehors tout le monde !” Et eux, de rigoler : “La prof, elle a dit ‘zou’ ! “. Bien plus jeune, en 6ème, j’avais fait remarquer à une copine qu’elle avait de gros tétés. Elle m’a regardée avec des yeux ronds, en se demandant de quoi je parlais. “Ah, tu parles de ma poitrine !” Et elle s’est moquée de moi. Consciente d’avoir enfreint un code important, je suis rentrée chez moi humiliée, en accusant ma mère de m’enseigner des enfantillages.

Bien plus tard, on est revenu dans le sud. Et là, c’était le paradis. Tout le monde parlait avec tout le monde. Personne n’était particulièrement discret. Au supermarché, je m’arrêtais de faire mes courses, juste pour regarder les gens occupés à échanger les nouvelles, caddie contre caddie. Extraordinaire. Toujours dehors, les gens ne savaient plus quoi faire d’eux-mêmes dès qu’il faisait mauvais (ce qui arrivait rarement). D’ailleurs, il y avait toujours quelqu’un pour vous parler du temps (ponctuée d’un “Ca ne va pas durer !”). Et un jour, j’ai entendu une dame (une adulte !) parler de tétés. Tout s’est éclairé. Ma mère, Marseillaise déracinée, une vraie, m’avait parlé “le sudiste” ! Et ni les Gersois tranquilles, ni les Isérois réservés, n’avaient pu lui décoller ce caractère 🙂 Quant à moi, mes racines, aussi courtes soient-elles, m’avaient rappelée.

Voilà, messieurs dames, pour l’identité sudiste !

#TuViensDuSudSi

Je ne suis pas une fan de Twitter -tout en ne vivant pas à l’Age de pierre. Mais il se trouve qu’un hashtag plutôt rigolo circule en ce moment : #TuViensDuSudSi . Le principe, vous l’avez deviné, est de dire en quelques mots ce qui définit un habitant du sud, je dirais même plus un natif. Car nombreux sont ceux qui immigrent dans le sud à la recherche du soleil ; mais peu parviennent à se faire aux moeurs des sudistes, qu’ils jugent souvent “arriérés, bruyants, toujours en retard, peu fiables …” Il est bien vrai qu’on juge parfois mieux un fait en étant extérieur ; j’en appelle tout de même à votre clémence, messieurs-dames les jurés. Creusez un peu la surface et commencez par lire ces quelques perles de Twitter ; vous finirez par découvrir un identité en or :

#TuViensDuSudSi pour toi porter des collants après le 1er avril est une hérésie (@oiseaudeparis)

#TuViensDuSudSi quand il neige 1cm ça va dans le journal et tu filmes (@celialamare)

#TuViensDuSudSi le concept de “lettres finales muettes” t’est étranger. Enfin, plus ou moinsse. (@ZeldaDorant)

#TuViensDuSudSi tu dis “main’nant “au lieu de maintenant (sans pression on retire des syllabes) (@inesmiaB)

#TuViensDuSudSi pour toi 15 minutes de retard ce n’est pas encore être en retard. (@Liopeka)

#TuViensDuSudSi l’été t tellement habitué à entendre les cigales que tu te rends compte qu’elles sont là que quand elles arrêtent de chanter (@evee_r06)

#TuViensDuSudSi tu sais que l’été entre 11h et 16h c’est pas possible de faire autre chose que la sieste (@SosoTeKasse)

#TuViensDuSudSi quand je te dis 51 ta pas besoin de 45ans pour comprendre que c’est l’heure de l’apéro (@blaboblo)

#TuViensDuSudSi tu fais la bise en commençant par la droite (@valntie)

#TuViensDuSudSi tu mets de l’huile d’olive dans tes pâtes, dans tes légumes, sur ta viande, dans ton café, sur ta brosse à dents… (@TaniaKessaouti)

#TuViensDuSudSi t’insulte tout le monde en voiture (@mazetconstance)

Chroniques de l’été

Hier, alors que j’arrosais, le chat du voisin s’est pointé. Le gros, celui qui a le ventre qui traîne et qui est couleur caca d’oie. Bon, là, j’exagère peut-être un peu. D’abord, je l’ai un peu mouillé ; puis, j’ai regardé notre chat, pour voir s’il allait au moins défendre son territoire. Mais même pas. Il est parti se balader avec ce grand chat affreux. Après quoi, je lui ai dit : “Dis, tu pourrais pas choisir un peu tes fréquentations ?”

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Lui, c’est notre chat. C’est son premier été. Et il faut tout lui apprendre, y compris de boire suffisamment. Pour cela, je dois tremper mes doigts dans sa gamelle et lui faire lécher ; puis, il se met à boire.

Régulièrement, je lui mouille la fourrure, histoire de le rafraîchir. A ces moments-là, je me sens l’âme d’une maman. D’ailleurs, la vraie, la mienne, m’a suggéré de le passer sous la douche. Devant mon refus, elle a dit : “Je vais voir si ta soeur veut se faire griffer avec moi.” Ma soeur, elle a renchérit : “On pourrait l’enfermer dans la cabine de douche, pour ne pas se faire griffer …” Outrée de telles idées, j’ai usé de toute mon autorité de patronne (du chat) pour y opposer mon véto le plus ferme.

SUR L’AUTOROUTE, EN REVENANT DES VACANCES

A un automobiliste indécis :
“T’as qu’à doubler à gauche ! Moi, je reste au milieu, il y a des camions à droite ! … Ouhlà, il avait pas l’air content !”

A un automobiliste qui nous donnait des marques de sympathie :
“C’est vrai qu’ils en font ! Mais normalement, quand il gueulent, on ne les entend pas. Une fois, j’ai vu un homme qui s’époumonait ; j’ai compris qu’il s’énervait après moi, alors je lui ai dit : Qu’est-ce qu’il y a ?”

En longeant la forteresse de Mornas :
“C’est ragique d’habiter là ! Il y a des trous partout. Il y en a même un qui est allé se faire une maison dedans !”

LES SUDISTES A LA MONTAGNE

Bien sûr, nous avons des montagnes dans le sud. Il y a même de la neige, pour tout vous dire. Mais là, je parle de HAUTE montagne : j’ai nommé la Suisse !

Voilà donc nos petites sudistes parties, non sans une discussion préalable sur le temps (on parle tout le temps de la météo chez nous !) pour savoir s’il allait faire VRAIMENT froid ; si 5°C, c’était vraiment froid ; ou quel genre de vêtements il fallait prendre … Pensez donc, quand vous avez une moyenne de 12° pendant tout l’hiver, avec des pointes à 20°, dur dur d’imaginer LE FROID 🙂

Finalement, nos bagages se sont tout de même enrichi d’écharpes (légères), de bottines (plutôt classes et, nous devions le découvrir par la suite, non imperméables) et de chaussettes de coton épais (Laine ? Connais pas !).

En Suisse, nous nous sommes trouvées perchées dans un petit nid tout de bois vêtu, un peu en altitude (heureusement, le plus proche voisin était un lama, la bête, j’entends) et … surchauffé. Qu’à cela ne tienne, nous nous sommes consolées avec le chocolat dont le logis était abondamment pourvu.

Tout allait bien, jusqu’à ce que … le troisième jour de notre périple, nous sommes sorties comme d’habitude, balayant le temps d’un revers de gant (un seul, l’autre s’était perdu en route). Des nuages, que des nuages …  Nous étions bien décidé à profiter de la journée.

Mais le temps en décida autrement. Soudain, les nuages se transformèrent en véritable tempête de neige, piégeant nos infortunées sudistes loin de leur pied-à-terre … et sans pneus neige. Pour notre défense, sachez que c’est tout de même difficile d’imaginer une tempête de neige lorsqu’on a 20° à l’extérieur, comme c’était notre cas avant de partir. Précisons aussi que c’était la première véritable chute de neige de la saison sur la lac Léman, et que beaucoup de Suisses ont eux-mêmes été pris au dépourvu (oui, oui !), voire pris au piège.

L’aventure s’est soldée dans un garage, après plusieurs montées qui nous ont vues faire un usage intensif du frein à main (et de la prière), et une descente qui n’en finissait plus (6 kms) … Indemnes, secouées, nous avons tout de même trouvé des pneus neige pour encourager un peu la voiture et nous porter sur des chemins toujours moins bien déneigés, jusqu’à un toit et un bon chocolat chaud.

Parlez-moi de dépaysement …