Sur l’identité sudiste (2)

Quand j’étais petite, ma famille déménageait sans cesse. Pas étonnant, avec un père déménageur, ça devait courir dans nos gênes. Toute petite donc, j’ai été déraciné de mon village provençal, à l’époque une pacoule perdue dans les 63% de forêt qui couvrent le Var. C’était “la campagne des Marseillais”, comme on disait à l’époque. Pensez donc, au moment de la guerre, c’est là, loin de l’agitation et du rationnement de la grande ville, que les Marseillais venaient s’approvisionner. On survivait comme on pouvait … Là, pas de manque … pas non plus d’électricité.

Mais je suis née bien plus tard. Tout ce dont je me rappelle, c’était que notre maison donnait sur la fontaine, au centre du village. Il y avait aussi le petit voisin, avec qui je m’entendais bien ; je crois qu’on était né en même temps. J’allais à l’école maternelle, du moins quand ça me plaisait. Je m’en souviens, parce que j’ai une photo de moi en train d’empiler des cubes, mais plus occupée à sourire à l’appareil photo.

Il y avait aussi le bar du Cercle de l’avenir (il y en a un dans tous les villages), les vieux qui se prélassaient sur un banc du village sans bouger, la musique qui sortait par les fenêtres ouvertes. Mais ça, c’est ma mère qui me l’a raconté.

Et puis, on a déménagé. Et là, je fais avance rapide. Le sud-ouest, puis les montagnes froides de l’Isère. On me disait parfois que j’avais un accent qui “apportait le soleil”, mais je ne me suis jamais sentie déracinée pour autant. Ma mère, elle, parlait et chantait fort, s’habillait de couleur vive, cherchait à connaître les voisins et refusait de sorti tous les hivers. Tout au long de mon enfance, j’ai entendu des mots comme “Allez zou !”, “les tétés” …

Une fois, à la fin de la classe, j’ai dit à mes élèves : “Allez zou, dehors tout le monde !” Et eux, de rigoler : “La prof, elle a dit ‘zou’ ! “. Bien plus jeune, en 6ème, j’avais fait remarquer à une copine qu’elle avait de gros tétés. Elle m’a regardée avec des yeux ronds, en se demandant de quoi je parlais. “Ah, tu parles de ma poitrine !” Et elle s’est moquée de moi. Consciente d’avoir enfreint un code important, je suis rentrée chez moi humiliée, en accusant ma mère de m’enseigner des enfantillages.

Bien plus tard, on est revenu dans le sud. Et là, c’était le paradis. Tout le monde parlait avec tout le monde. Personne n’était particulièrement discret. Au supermarché, je m’arrêtais de faire mes courses, juste pour regarder les gens occupés à échanger les nouvelles, caddie contre caddie. Extraordinaire. Toujours dehors, les gens ne savaient plus quoi faire d’eux-mêmes dès qu’il faisait mauvais (ce qui arrivait rarement). D’ailleurs, il y avait toujours quelqu’un pour vous parler du temps (ponctuée d’un “Ca ne va pas durer !”). Et un jour, j’ai entendu une dame (une adulte !) parler de tétés. Tout s’est éclairé. Ma mère, Marseillaise déracinée, une vraie, m’avait parlé “le sudiste” ! Et ni les Gersois tranquilles, ni les Isérois réservés, n’avaient pu lui décoller ce caractère 🙂 Quant à moi, mes racines, aussi courtes soient-elles, m’avaient rappelée.

Voilà, messieurs dames, pour l’identité sudiste !

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